Situé entre Anvers et Hasselt, le château de Merode Westerlo appartient depuis plus de six cents cinquante ans à la famille Merode. Rencontre avec le Prince Simon de Merode qui a acquis cette demeure, avec ses frères et sœur, et qui y vit avec sa femme et leurs enfants.

Cette interview est un extrait de l’interview publiée dans le 4e magazine Castellissim. Vous pouvez vous abonner au magazine en cliquant ici. Abonnement annuel : 29€ (magazine seul) ou 37€  (magazine + guide pour les gestionnaires de lieux), TVA et frais de port inclus.

Place fortifiée au XIVe siècle (1350), située à la frontière du duché de Brabant et de la principauté de Liège, elle était composée d’un donjon principal en pierre sabloneuses de la région. L’épaisseur des murs du donjon jusqu’à 2,75 mètres aux endroits les plus proches du sol, confirme la fonction militaire de cette propriété qui appartenait à la famille de Wesemael dont la dernière fille épousa Richard Ier de Merode vers 1361. Depuis lors, la famille de Merode est liée à l’histoire de la commune de Westerlo. Au milieu du seizième siècle, la cour intérieure fut construite, devant le donjon, puis, en 1626, Westerlo devint un marquisat. C’est alors que les aînés de la famille Merode portèrent successivement le titre de « Comte de Merode, Marquis de Westerloo ».

Le chef de la famille devint le Comte Jean Philippe Eugène de Merode Westerloo (1674-1732). Il fut, notamment, Feld-Maréchal au service de l’empereur Charles VI (père de Marie-Thérèse et grand-père de Marie-Antoinette), Grand d’Espagne et Chevalier de l’ordre de la Toison d’Or. A travers ses voyages, notamment à Versailles, il découvrit la beauté des jardins à la française. Au début du XVIIIe siècle, il dessina donc le parc qui s’étend devant le château de Westerlo, et planta les drèves à quatre rangées de chênes, de hêtres ou de tilleuls qui entourent le village. En 1710, il fit aussi construire dans le parc du château un large bassin. C’est lui qui commença l’embellissement du château, les tours d’angle furent connectées par les ailes actuelles et, en 1721, les travaux dans et autour du château furent terminés. L’ensemble des aménagements est atypique pour un château d’origine moyenâgeuse, à vocation défensive, dont le style fut ensuite inspiré par les châteaux français. Ce mélange des styles est unique en Belgique.

Pourquoi avez-vous choisi d’acquérir le château de Westerlo?

 Mes parents ayant repris une autre propriété familiale, notre oncle nous a demandé si nous souhaitions reprendre Westerlo, en 2007. Après une période de tests, mes frères et sœur et moi avons décidé de racheter ce château en 2015.

Notre famille y habite depuis près de six cents ans, toute son histoire et l’âme des générations précédentes y sont présentes. Si le château avait été vendu, il serait, sans doute, devenu un musée mais il aurait perdu toute son âme. Notre volonté est d’y insuffler une énergie familiale. Concrètement, nous avons contracté un prêt à la banque pour l’acquérir et c’est moi qui en assure la gestion, en accord avec mes frères et sœur.

Quelles activités y organisez-vous et pourquoi ?

Nous souhaitons maintenir un équilibre entre notre vie de famille et la vie professionnelle. L’objectif est donc ne pas ouvrir le château tous les jours au public mais lors de périodes très restreintes. Nous assurons la vente de tickets, à l’avance et plus chers, car nous ne proposons pas de simples visites, mais de réelles expériences, à vivre durant des périodes ciblées.

En 2014, nous avons écrit une première comédie musicale historique « Historalia » consacrée à Marie-Antoinette d’Autriche. Nous avons placé une tribune et une scène sur les douves devant le château durant trois semaines. Cet événement a attiré vingt-deux mille personnes. En 2016, le spectacle fut dédié au roi Albert Ier, en 2018 au peintre Rubens et c’est la révolution belge de 1830 qui sera à l’honneur durant l’été prochain (2020).

Chaque hiver, nous proposons également des comédies musicales sous la forme de contes de Noël culturels. Six à huit pièces meublées de la maison sont accessibles et deviennent les scènes d’un théâtre itinérant. Cet événement (« Kerstmagie ») attire huit mille spectateurs et nous l’exportons dans d’autres châteaux. Cet hiver (2019), cinq autres châteaux, en Flandre, proposeront également cette activité, du 7 au 23 décembre. Concrètement, nous louons ces châteaux et nous nous chargeons de toute l’organisation (vente des tickets, création des pièces, recrutement des acteurs,…).

Par ailleurs, nous louons des pièces du château, à un prix assez élevé. Nous misons sur la qualité plutôt que sur la quantité. Il existe déjà de nombreux châteaux qui louent des espaces de réception à des tarifs peu élevés. Nous refusons les événements dansants et, généralement, nous accueillons un événement par mois maximum, en petit comité, pour des entreprises qui ont des budgets importants. Par contre, nous ouvrons gratuitement notre maison aux écoles (qui doivent seulement payer le guide) car nous pensons que cela fait partie de notre rôle en tant qu’acteur culturel régional.

Ces différentes sources de revenus nous permettent de rembourser l’emprunt bancaire contracté pour l’acquisition de la propriété et l’entretien de celle-ci.

Qu’est-ce que la vie de château aujourd’hui, selon vous ?

C’est une vie avec sa femme et ses enfants. Lorsqu’on a bien travaillé, on peut profiter d’avoir de l’espace,… Quatre-vingt pour cent de mon temps est consacré au château et il faut beaucoup travailler soi-même. La satisfaction est encore plus grande après. C’est comme être un jardinier, il faut être passionné. Sentir que le travail accompli est apprécié par les autres nous rend heureux.

La vie de château a évolué et n’est plus comme avant. Il n’y a plus des dizaines personnes qui s’occupent de tout et nous permettent de passer notre temps à nous balader dans le parc. Ce n’est plus possible. Notre propriété représente un coût d’entretien de trois cents mille euros par an. Il faut compter minimum cinq cents mille euros par an, en incluant les frais d’acquisition. Qui investit autant d’argent dans sa maison, si ce ne sont peut-être des milliardaires ?

Le travail est gigantesque mais passionnant.

Un message pour conclure…

J’aimerais que l’Europe se rende compte de l’importance de son patrimoine culturel et de sa richesse. Le public devrait pouvoir en profiter davantage car s’il ne le connait pas, il n’est pas invité à le découvrir et à le valoriser. Nous avons un rôle à jouer dans la transmission du patrimoine.

J’invite les personnes qui possèdent un patrimoine, lié à l’histoire locale, à en faire bénéficier le public. Toutes les façons sont bonnes pour réaliser cet objectif. Les châteaux ont toujours été des centres de vie locale. Ce sont des centres de vie culturelle et c’est utile de continuer de participer à ce défi.

Cette interview est un extrait de l’interview  publiée dans le 4e magazine Castellissim. Vous pouvez vous abonner au magazine en cliquant ici. Abonnement annuel : 29€ (magazine seul) ou 37€  (magazine + guide pour les gestionnaires de lieux), TVA et frais de port inclus.

 Dans l’interview complète, vous découvrirez de nombreuses photos et, notamment, comment les aventures « Historalia » et « Kerstamagie » ont démarré puis l’organisation actuelle, les projets futurs de la famille Merode au château de Westerlo, les conseils du prince Simon de Merode aux (futurs) jeunes repreneurs, ses principaux défis, etc. A lire dans le 4e numéro de Castellissim.

 Crédits Photos : Château de Merode Westerlo, site internet du château : château de Merode Westerlo, site internet d’Historalia, site internet de Kerstmagie